CHAP 8... Le Xe siècle et ses mutations
La somme des ajustements du siècle modifie les institutions et la culture carolingienne. Entre autre, il y a multiplication des lieux du pouvoir. Se maintiennent les cadres carolingiens avec les liens religieux et vassaliques. Cependant, se crée une répartition du pouvoir politique toujours plus large.
Une des transformations majeure du Xe siècle est la géographie
politique de l'occident carolingien. Après 888, l'unité se dissout avec
cinq rois différents en place en même temps, dont certains ne sont pas carolingiens : Eude en Neustrie, Rodolphe en Bourgogne. C'est dans cette
multiplicité royale que s'enracinent les changements.
On va voir
dans les deux royaumes de Francie Occidentale et Francie Orientale qui
n'étaient pas encore séparée, l'évolution des deux entités vers une différentiation.
1) La Francie Occidentale des carolingiens aux capétiens :
dislocation royale et essor des principautés
On
abandonne la monarchie centralisée au profit de l'essor des principautés territoriales.
Les princes y exercent de manière autonome le pouvoir politique. Du point de vue
territorial, le pouvoir du roi est fortement limité : il ne joue plus que le rôle
d'arbitre.
Cette
transformation s'appuie sur deux tendances constitutionnelles : toutes terres peut être
le patrimoine de celui qui la contrôle, et elle peut être léguée. Cette idée de
dynastisation et de patrimonialisation s'accompagne d'un ancrage des aristocraties sur
leur terre : la territorialisation.
Ces trois
éléments amènes une localisation du pouvoir.
Ces
nouvelles tendances sont dues à de nouvelles exigences mettant en exergue les forces
régionales (nouvelles vagues d'invasions
). C'est là l'essor des principautés.
a. Le nouveau pouvoir royal
Le pouvoir
territorial royal a tendance à s'amenuiser. Les derniers carolingiens ne contrôlent plus
qu'une partie de l'île de France et du Nord ; très peu face à avant. Mais il conserve
un pouvoir symbolique : le roi reste le seul à avoir le titre, à être sacré. Les
autres détenteurs sont des vassaux du roi, et aucun ne pense prendre le titre. Ce pouvoir
symbolique est de coordination.
b. Conséquences sur le profil de la royauté
On voit se
développer une concurrence dynastique : tous les grands vont tenter de devenir les seuls
rois de Francie ; il n'y a qu'un seul roi, mais tous veulent être celui-là. Les plus
importants princes ne vont pas s'appeler roi dans leurs terres, mais vont tenter de
devenir roi de Francie Occidentale. Ce sont les Capétiens, les Robertiens,
et les Bourguignons. Alors, la
royauté du Xe siècle est
à mi-chemin ente l'hérédité et l'élection. En un siècle, huit rois montent sur le
trône : quatre Carolingiens, trois Robertiens et un1 Burgonde.
La conséquence politique : le roi ne gouverne plus au-dessus
des princes mais à côté, grâce à leur appui. Un roi carolingien verra pour homme fort
un membre de la famille opposé : Charles le simple / Robert le Fort
En 987,
le passage définitif vers la dynastie capétienne n'est pas aussi fondamental sur le
coup, mais a posteriori ; c'est alors un simple transfert de pouvoir entre deux
familles habituées à régner.
c. Les conséquences sur le pouvoir princier
La victoire des
capétiens est l'indice d'une victoire des pouvoirs régionaux, des dynasties de princes
puissamment implantées. C'est donc la victoire du pouvoir régional sur celui
international du IXe siècle.
La physionomie de la royauté s'est donc profondément modifiée, fragmentée
et disloquée au niveau des princes. Alors, dans les territoires qu'ils dominent, ils
utilisent les moyens de gouvernement des rois : contrôle des terres, des évêchés, des
monastères et des vassaux. Leur pouvoir devient très proche du pouvoir royal, à la
différence près que le roi est le seul à être sacré.
d. Le mouvement des principautés
Du point de vue géographique, il y a une
différence entre le Nord et le sud de la Francie. Les Grands du Nord ont des rapports
plus proches avec le roi. Mais en Aquitaine par exemple, le roi n'y met plus les pieds.
Du point de
vue chronologique, on insiste sur la présence de deux générations de principautés :
Première
moitié du siècle : De grandes principautés, dont les détenteurs regroupent plusieurs
comtés en Flandre, Normandie, Bretagne, Neustrie, Aquitaine, Bourgogne. Les zones
géographiques sont sous le contrôle des princes : pouvoir régional.
Deuxième
moitié du siècle : Elles sont plus limitées, dans les limites carolingiennes, des
principautés seigneuriales dans des domaines : Anjou, Maine... Plus ramassée
géographiquement, signe d'un processus de fractionnement toujours accru du pouvoir.
Ce
processus se poursuit fin Xe siècle, avec à l'apparition à l'intérieur des principautés d'un pouvoir
autour d'un château.
En Francie occidentale, on remarque un pouvoir royal dont la force
territoriale diminue. Dans le même temps, essor des principautés régionales, plus
puissantes que celle royales. Cette évolution est-elle la même que dans les autres
royaumes ?
2) La fin des
invasions : Normands, Sarrazins et Hongrois.
Il y a trois grands protagonistes : les
Normands attaquent la façade atlantique, les Sarrazins le Sud et les Hongrois l'Est.
Au départ, ces trois types d'invasions ont des buts semblables : des raids
pour avoir du butin et donc qui visent principalement des monastères. Malgré tout des
différences dans la chronologie, dans les modalités et dans les conséquences.
Les Normands sont les premiers, Hongrois et Sarrazin étant du IXe
siècle et du Xe siècle. Les Normands remontent en drakkars dans des raids fluviaux, les
Sarrasins ont des bases en Provence et les Hongrois font des raids à cheval.
Les
conséquences surtout rendent les invasions différentes, particulièrement pour ce qui
est de l'intégration politique et sociale.
a. Les Normands
Dès le Xe siècle,
leur intégration dans la région se fait. En 911, une partie des troupes se
fait battre par l'armée carolingienne. Il s'ensuit un accord entre Rollon et Charles
le Simple à St Claire sur Epte où Rollon accepte de rendre hommage au roi en retour de quoi il reçoit
la Normandie pour duché.
Les
Normands s'installent, s'y intègrent, en deviennent les habitants et les détenteurs du
pouvoir. Cela débouche sur la création d'une principauté de premier type, large
géographiquement et où les princes ont des pouvoirs régaliens.
Avec la
mise en place du duché, les Vikings sont intégrés dans les structures politiques et
sociales du royaume. On remarque comme résultat de ces raids considérés comme
terrifiants, une intégration politique, sociale et culturelle.
b. Les Sarrazins
Le nom est
arabe, mais la réalité est moins ethnique. Leur présence se développe fin IXe siècle, avec la création d'une base à la Garde-Freinet. Cette présence est une
conséquence indirecte de la mainmise des califats sur la Méditerranée. De là, ils
poursuivent une politique expansionniste vers le Nord.
Mais les
Sarrasins ne sont pas tous des arabes : il y a des Maures, des Berbères, des Mozarabes,
des Siciliens etc.. Ce sont des bandes de pillards recrutés dans les ports.
Leur force
est liée à la fragmentation des pouvoirs politiques de la fin IXe siècle. De leur base ils lancent des raids,
surtout sur les Alpes. Les princes alpins s'accordent pour les attaquer, et finalement,
les pillages se terminent.
Ils ne sont pas une ethnie politique, et ils ne s'intègrent pas après leurs
défaites militaires.
c. Les Hongrois
Il s'agit d'une population asiatique comme les Avars et les Huns. Ils choisissent la région de la Pannonie pour des raids qui touchent fin IXe
début Xe, l'Italie du Nord et le royaume de Germanie.
Lors d'une fameuse bataille, le roi de Germanie Othon
III les bat en 955 à Lechfeld. Après cette défaite, les Hongrois vont évoluer vers un modèle de
types normands : ils vont s'installer sur un territoire. Mais cette fois-ci, ce dernier
est annexe au territoire carolingien ; ils auront un roi et leurs princes. Puis ils vont
s'intégrer au modèle occidental chrétien en se faisant sacrer.
3) La Francie orientale des Carolingiens aux Ottoniens : entre
royauté et empire.
a. Les similitudes avec la Francie Occidentale
Jusqu'à la fin
du IXe début du Xe,
les évolutions sont parallèles : une même faiblesse du pouvoir royal :
De nombreux changements
dynastiques avec l'élection du roi par les grands. Trois générations se succèdent : un
bâtard Carolingien, puis en 911 un duc de Franconie et en 936
un duc de Saxe : Othon I.
Le roi
intervient de moins en moins en matière législative. Les capitulaires sont beaucoup
moins nombreux et leur bases territoriales se limitent à l'Austrasie, plus les terres du
duché du roi. Le royaume oriental s'articule en grands duchés autour de cinq grands : la
Saxe, la Franconie, L'Alémanie, la Bavière et
la Lotharingie. Dans chaque
duché, les ducs agissent comme des rois, comme en orientale.
b. Un renouveau royal et impérial
Après 936
et le sacre d'Othon I, ce
dernier renforce politiquement la royauté. Au cours de son règne, les décisions
législatives du roi se multiplient par cinq. C'est le signe d'une présence royale plus
forte. La royauté demeure élective, mais Othon arrive à faire passer le pouvoir à son
fils puis son petit-fils. Enfin, Othon I réussit à recréer une entité impériale : en 962,
Othon I se fait sacrer à Rome.
On assiste
à un ancrage territorial des rois plus forts et des liens avec l'Eglise particulièrement
proches. En Germanie, les rois
ont un double ancrage territorial. Comme les rois de Francie Occidentale ils
possèdent des fiscs, des abbayes, des évêchés et des fidélités. Mais s'ajoute
l'assise ducale : les duchés ne se disloquent pas en une seconde génération de
principautés.
On parle
d'un système d'Eglise impériale Ottonienne, avec d'un côté les rois qui cèdent du
pouvoir temporel aux églises (terres, droits publics), et de l'autre côté, l'Eglise qui
appuie même militairement les rois puis les empereurs.
Le pouvoir
royal arrive à survivre jusqu'à la moitié du siècle, puis il va croître jusqu'à
devenir impérial. Cette politique est soutenue aussi par une politique expansionniste
avec les acquisitions de la Bourgogne et de l'Italie,
ce qui permet les distributions de terres et l'acquisition de fidélités.
Finalement,
on retrouve les pas des carolingiens, politiquement, mais culturellement aussi avec une
renaissance ottonienne qui s'appuie sur les mêmes moyens : scriptoria, enluminure, développement de liens vers Byzance.
On retrouve les comtes, les évêques et les châtelains et la localisation
du pouvoir. Mais celle-ci ne fonctionne pas comme des poupées russes ; la fragmentation
politique modifie aussi la géographie locale et régionale. On continue à parler de
comté, mais leur physionomie change : elles deviennent des seigneuries locales.
1) Les comtes
: des officiers qui deviennent des seigneurs.
Les comtes étaient avant tout des officiers
royaux délégués pour administrer des régions : les comtés ou pagus.
Nommés, ils pouvaient être délocalisés. Mais de plus en plus, ils considèrent leurs
honneurs comme un patrimoine. A cela s'ajoute le fait que dans la région ils soient à la
fois des vassaux royaux et reçoivent à ce titre des bénéfices. Les rois ont été de
plus en plus obligés d'accepter une transmission héréditaire des charges publiques, des
liens vassaliques et des bénéfices. Enfin, cette double hérédité finit par ne plus
distinguer honneurs et bénéfices. Les buts de leurs détenteurs étant d'intégrer les
deux types de terres dans leur patrimoine.
Courant IXe, les comtes accentuent leurs
caractéristiques. Ils se considèrent de moins en moins comme des délégués d'une force
supérieurs, et de plus en plus comme les pouvoirs locaux. Ils deviennent ainsi des
princes et des seigneurs selon deux tendances :
En tant que fonctionnaires, ils
dynastisent leur fonction et exercent leur pouvoir de délégué en tant que pouvoir
autonome. A partir de ces anciennes racines, certains construisent des principautés selon
les frontières carolingiennes. Mais le plus souvent, les comtes transforment en
seigneurie les zones de la région où ils sont détenteurs d'alleux, de bénéfices et
d'honneurs. Ces trois types de terre vont être considérés comme la base des pouvoirs
fonciers et politiques.
Fin IXe, on assiste à une évolution qui conduit les
comtes à modifier leur assise. Du point de vue foncier, ils ajoutent à leurs alleux les
honneurs et les bénéfices. Et sur leurs terres, ils s'entourent de fidèles en leur
concédant des terres de leurs alleux. Du point de vue politique, les honneurs et les
bénéfices accentuent les possibilités d'exploitation de ces biens. S'éloignant du roi,
ils contrôlent l'ensemble des terres de façon régalienne.
2) Evêques
et seigneurs.
Le point de départ est encore carolingien avec
une conception des pouvoirs ecclésiastiques intimement liés aux pouvoirs politiques.
D'un côté, l'Eglise va être contrôlée par les laïques et de l'autre elle va devenir
elle-même une principauté.
a. L'Eglise contrôlée par les laïques.
Les évêques sont l'appui le plus sur du pouvoir
politique. Les rois vont donc contrôler de plus en plus le choix des élites
ecclésiastiques.
En Francie Occidentale, chaque prince et chaque seigneur va contrôler
les abbayes et les évêchés directement. Ce contrôle les entraîne à nommer eux-mêmes
ces derniers, indépendamment de la formation religieuse. En 925, un prince
impose son candidat à l'archevêché de Reims ; Il s'agit de son fils qui à 5 ans.
b. L'Eglise, pouvoir seigneurial
Dans une
géographie rurale, ils sont considérés comme source du pouvoir local. Il y a un essor
de principauté ecclésiastique. Ce pouvoir se retrouve dans les accords des immunités. A
partir de celle-ci on arrive à une autonomie complète avec des terres.
En Ville,
ils obtiennent un pouvoir sur le centre politique. Ce pouvoir de contraindre et de punir,
l'évêque va l'exprimer sur un territoire précis : le districtus.
c. Les seigneurs
Ils émergent
dans les territoires des comptes et des évêques. Cette autorité va arriver jusqu'au
châteaux.
3) Seigneurs et châteaux
Ils
prennent de l'importance avec leur rôle important dans la défense locale. De plus en
plus de châteaux improvisés sont érigés. Mais qui contrôle les châteaux ?
a. Les châteaux royaux
A l'origine il
y a souvent un stimulus royal. Mais dès le IXe siècle, il délègue ce pouvoir à des délégués. Les châtelains sont les
gardiens du château ; comme les comtes, ils détiennent une charge. Et on assiste au
même modèle vers la patrimonialisation, la dynastisation et la territorialisation. Ces
châteaux deviennent l'exemple même d'une propriété patrimoniale
Mais de plus en plus, des châteaux apparaissent en l'absence de tout pouvoir
royal.
b. Les châteaux spontanés
Ils peuvent avoir été construits par des grands
possesseurs pour fortifier ses exploitations. Ces châteaux n'ont rien à voir avec un
pouvoir royal.
A partir des ses possibilités de protection, tout aristocrate peut étendre
son autorité politique au niveau local par la symbolique de la protection : les
châteaux. C'est l'essor des seigneuries avec une importance politique et militaire du
château, base de tout pouvoir seigneurial, autour duquel s'attache une clientèle armée.
Texte établi à partir d'un cours de faculté
en 1998-9
Grands Mercis au professeur
Mise à jour du : 25/04/99